Pierre Frogier au Comité Directeur – 18 décembre 2017

Comité directeur du Rassemblement

18 décembre au Mont Dore –

Intervention du président Pierre FROGIER

 

Mes chers amis, mes chers compagnons.

Cette année le Rassemblement a fêté ses 40 ans.

Le Rassemblement, c’est une histoire, c’est un enracinement c’est une exigence, ce sont des valeurs et c’est une légitimité.

Depuis 40 ans, il est le pilier et le creuset du combat pour une Calédonie dans la France.

Mais cette année 2017 a aussi été marquée, sur le plan national, par un chamboulement électoral qui a anéanti la gauche de gouvernement et qui a entraîné la droite au bord du chaos.

Et pour tout dire, nous avons, nous aussi, subi de plein fouet les répliques de ce tremblement de terre.

Mais ce temps est passé.

Le Rassemblement est toujours vivant. Comme la droite est de retour, en métropole, avec l’élection de notre ami Laurent WAUQUIEZ, à la présidence des Républicains.

Le Rassemblement est toujours vivant car une famille ne meurt jamais. Elle se renouvelle et se perpétue.

Une famille fière de son héritage, forte de son histoire, consciente de sa légitimité.

Une famille fière de porter inlassablement, sans rien céder sur l’essentiel, la vision courageuse et réaliste d’un avenir partagé et apaisé dans la France.

Le Rassemblement doit donc, de nouveau, se faire entendre car nous avons des choses à dire, une offensive à mener, des attitudes à condamner, des réponses à apporter, une vision à partager !

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Permettez-moi de revenir sur la récente visite du Premier ministre Edouard Philippe.

Tout le monde a commenté ses propos et beaucoup ont essayé de les récupérer.

Personnellement, je dois vous dire que, si je me retrouve dans la démarche qu’il a présentée, je ne sais toujours pas où il veut nous emmener, ni quelles sont réellement les intentions de l’État.

Certes, les déclarations d’Edouard Philippe ont pu rassurer et elles ont pu paraitre novatrices, par rapport à ce que nous avons entendu lors du précédent quinquennat, et pourtant, si nous avons effectivement progressé sur les modalités de la consultation – je veux parler de la constitution de la liste référendaire, des bureaux de vote décentralisés, des votes par procuration, notamment – rien n’a été dit sur l’essentiel.

Edouard Philippe a été très habile dans le choix des mots lors de sa déclaration au Congrès. Il a donné des gages à tout le monde : le geste des deux drapeaux pour nous, le referendum binaire pour les indépendantistes et pour nos ultras… Quel paradoxe !

Le concept de peuple calédonien pour Calédonie ensemble.

Mais j’attends toujours l’ambition politique du gouvernement pour la Nouvelle-Calédonie.

Une phrase de son discours m’a cependant profondément choqué. Lorsqu’il déclare que, lors du referendum, “Ce sera bien le peuple calédonien qui se prononcera souverainement.”

 

C’est la première fois que j’entends une telle affirmation de la part d’un chef de gouvernement !

Ces propos méconnaissent totalement les dispositions fondamentales de la Constitution qui indique que “la République reconnaît au sein du peuple français, les populations d’outremer dans un idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité.”

La République ne reconnait pas d’autre peuple en son sein que le peuple français.

Pour moi, il n’y a pas de peuple calédonien mais il y a une communauté calédonienne, avec ses spécificités et avec sa propre personnalité, au sein du peuple français.

L’affirmation du Premier ministre me choque et elle m’inquiète.

Je crains qu’elle ne soit la porte ouverte à une indépendance association.

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Le Premier ministre nous a aussi affirmé que le référendum était maintenant incontournable.

Il aura lieu, dit-il, c’est une réalité !

Il aura lieu dans un peu plus de dix mois, vraisemblablement le 28 octobre 2018.

Eh bien, puisque tout le monde le veut !

Puisque le Premier ministre lui-même l’impose, allons-y !

Je vous propose donc de vous engager pleinement dans cette consultation afin que les Calédoniens dans leur grande majorité affirment qu’ils veulent rester français.

Le résultat doit être suffisamment clair et massif pour éviter les 2ème et 3ème consultations prévues dans l’Accord de Nouméa.

Plus large sera la victoire du “oui” à la France, et plus ces scrutins apparaitront comme superflus et inutiles.

Pour autant, personne ne pourra nous reprocher de ne pas avoir tout fait pour éviter cette consultation binaire, brutale et mal anticipée.

Mais il faudra se souvenir que nous avons tout fait pour porter une solution alternative, conforme à l’esprit de l’Accord de Nouméa.

C’est dans cet état d’esprit que nous avons su, dès 2010, poser le geste des deux drapeaux, qui flottent désormais côte à côte.

Ce geste traduit, non seulement, la reconnaissance mutuelle de nos deux légitimités historiques mais il affirme, aussi, que leur avenir est indissociable.

Ces deux drapeaux portent même, en eux, la solution institutionnelle que nous appelons de nos vœux.

Une Nouvelle-Calédonie largement autonome avec sa propre personnalité au sein de la République française.

Dans le bleu-blanc-rouge, il y a la France.

Et il y a les compétences régaliennes que la France doit continuer à exercer

Dans le drapeau identitaire kanak, symbole culturel, débarrassé des violences dont il est entaché, il y a cette personnalité propre de la Nouvelle-Calédonie, terre d’Océanie, intégrée dans son environnement Pacifique.

Faire flotter ensemble ces deux drapeaux, ce n’était pas du marchandage, ce n’était pas une concession.

C’était un acte politique, destiné à redonner un souffle à l’Accord de Nouméa et à créer les conditions d’un dialogue apaisé et confiant entre nos deux légitimités.

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Mais notre histoire nous engage et nous avons une autre exigence.

Nous devons préparer cette consultation de manière qu’au lendemain du referendum, ceux qui l’auront perdu ne soient pas humiliés.

Il s’agit de sauvegarder le parcours de ces trente dernières années qui constitue à lui seul l’exception calédonienne.

C’est dans cet esprit qu’au sein de la plateforme, nous poursuivrons nos échanges au sein des différents groupes de travail présidés par le haut-commissaire.

Participer à ces groupes de travail ne veut pas dire négocier et encore moins faire des concessions.

Vous le savez, entre les deux tours des législatives nous avons signé “une déclaration commune pour une Calédonie dans la France et dans la paix” avec Philippe GOMES, Gaël YANNO et Pascal VITTORI.

Tout est dans cet intitulé : nos quatre mouvements, le Rassemblement, Calédonie ensemble, le MPC et Tous Calédoniens, s’engagent pour “une Calédonie dans la France et dans la paix”.

Si je l’ai signée, c’est parce que je veux l’unité de notre famille politique.

Vous le savez, c’est mon obsession depuis des années.

Je veux l’unité pour parler d’une seule voix face à l’Etat et face aux indépendantistes.

J’ai le sentiment que nous avons gaspillé trop de temps et trop d’énergie, ces derniers temps, à nous combattre, à rivaliser entre nous, à nous opposer.

L’essentiel n’est pas là ! Il est dans la préparation de l’avenir de la Calédonie dans la France.

Nous ne devons pas nous tromper de combat, comme d’autres se trompent d’adversaires.

Je fais allusion à ceux qui viennent de constituer un énième parti politique et qui veulent nous donner des leçons, alors qu’ils sont surtout animés par de petits calculs, de petites ambitions et de grands intérêts économiques.

Mais ce que je leur reproche, c’est d’avoir commis une faute contre l’union.

Ils avaient signé, avec nous, en août 2015, une charte sur “Les valeurs communes des Républicains de Nouvelle-Calédonie”.

Mais il faut croire que leurs valeurs ne sont pas les nôtres.

Pour moi la fidélité et la loyauté ne sont, ni des défauts, ni des gros mots.

Pour en revenir à la déclaration commune, nos quatre mouvements l’ont signée mais, pour autant, nos différences demeurent et nos divergences subsistent.

Nous ne sommes pas d’accord sur tout, loin de là !

Nous avons chacun notre histoire, nos références et nos codes.

Et, là aussi, il faut se garder de toute confusion.

Le Rassemblement c’est une histoire, c’est un héritage, c’est une légitimité et nous n’avons pas l’intention de les abandonner.

Je veux que vous sachiez que nous ne sommes inféodés à personne.

Quand Philippe GOMES se déclare nationaliste, quand il évoque le partage des compétences régaliennes ou la “calédonisation” des administrations d’Etat, vous ne vous y retrouvez pas et vous avez raison !

Ce n’est pas la position du Rassemblement et ce n’est pas celle de la plateforme.

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Avant de conclure, je veux vous parler de ma proposition de grand palabre à l’Océanienne.

La levée des deux drapeaux – qui devait parler à l’intelligence, aux cœurs et aux esprits – c’était, déjà, les bases de ce grand palabre.

Le Grand Palabre à l’Océanienne sera un lieu d’échanges et de paroles, où chaque communauté pourra parler de tout sans tabou.

Il doit permettre d’échanger en confiance, dans le respect de l’autre, en se donnant du temps pour nous entendre et nous comprendre.

Ce sera, avant tout, un lieu de partage parce que nous ne devons jamais oublier que nous sommes sur une terre de cultures océaniennes et occidentales, qui font la richesse de nos échanges.

Parce que nous devons nous souvenir qu’au-delà des institutions, il y a des femmes et des hommes, dont le destin est de se rassembler autour d’une vision commune de leur histoire, de leur culture, de leur identité.

En disant cela, je m’aperçois que c’est une réalité qu’incarne et que synthétise parfaitement notre ami Éric, le maire du Mont Dore.

Et s’il y a un moment qui m’a fait plaisir dans la visite du Premier ministre, c’est celui où il a rendu un hommage – ô combien mérité – à Éric, en lui remettant les insignes de chevalier de la Légion d’Honneur.

En retraçant son parcours, Edouard Philippe est notamment revenu sur l’acte héroïque qu’Éric a réalisé quand il s’est jeté à l’eau pour sauver la vie de 3 élèves qui avaient été happés dans une canalisation lors d’inondations.

Le Premier ministre a dit – fort justement – qu’Éric incarnait les trois vertus romaines : La “virtus”, ce mélange de vaillance physique et de force morale, la “fides”, c’est-à-dire le sens de l’honneur et la “pietas”, c’est-à-dire le sens du devoir.

Trois vertus dont nous devons nous inspirer. Nous en aurons bien besoin pour affronter les échéances qui viennent !

Pour conclure cette intervention, je veux vous souhaiter, à vous, à vos familles, à vos proches de très bonnes fêtes.

Et, à quelques encâblures de 2018, je forme le vœu que la Nouvelle-Calédonie reste, pour toujours, terre de partage et terre de France.

Je vous remercie.