Pierre FROGIER – Comité directeur

À voir comment s’engage la préparation de la consultation de sortie de l’accord de Nouméa, qui doit être organisée au plus tard en novembre 2018,
il pourrait sembler que rien n’a changé depuis 30 ans. Pire, que rien ne peut changer dans la tournure que prend le débat politique.

30 ans après les événements, oublieux de notre histoire récente faite de concessions et de compromis, nous serions, les uns et les autres, assignés à
des rôles figés.
On se raidit sur des postures déjà éprouvées.
On se raccroche à des slogans, comme autant de bouées de sauvetage, sans avoir conscience qu’ils incitent chaque camp, à ne parler qu’à lui-même et
pire, à ne s’adresser qu’à ses franges minoritaires les plus activistes et les plus ultra.

L’Accord a prévu que la question posée off re le choix entre l’indépendance ou le maintien dans la France.
Ce référendum conduira à des surenchères, à des tensions, à des divisions. Les jeunes en déshérence en profi teront, non par adhésion à une idéologie
politique mais pour manifester leur rébellion.
Les précieux acquis de ces 30 dernières années seront irrémédiablement perdus, que ce soit le choix de la réconciliation, la reconnaissance de l’autre,
les concessions réciproques, la recherche du consensus, le partage des responsabilités et tout ce qui fonde cette exemplaire exception calédonienne,
au sein de la République.

Plus grave, un référendum, dans sa brutalité majoritaire, doit permettre de légitimer une démarche politique majeure – comme en 1988 pour approuver les accords de Matignon-Oudinot et plus tard en 1998, pour valider l’Accord de Nouméa – il ne saurait se substituer à cette démarche, en laissant
supposer, qu’au lendemain de la sanction un accord est possible.
En clair, si on ne sait pas où on va, il vaut mieux ne pas demander au peuple d’y aller.

Ne peut-on considérer, au contraire, que le temps a passé, que les mentalités ont évolué et que l’aspiration de la population, bien qu’actuellement silencieuse, est de vivre en paix, en espérant que soit levée, au plus tôt, l’incertitude sur son avenir.
On ne semble pas prendre en considération que les Calédoniens sont sceptiques, inquiets, saisis d’aspirations contradictoires, certes, mais qu’ils sont, en réalité, largement disponibles pour une solution d’avenir leur permettant de consolider leur aspiration commune à un vivre ensemble.
Tout indique que – quelles que soient leurs convictions – nos concitoyens comprendront, de plus en plus, cette situation et qu’ils seront, de moins en moins, dupes des jeux politiciens.

Ne souhaitent-ils pas voir «les Sages des 2 rives» se rapprocher, et notamment celles et ceux qui portent en héritage les mémoires de Michel Rocard, Jacques Lafleur et Jean Marie Tjibaou ? Si les deux camps ne doivent pas être ignorés dans leurs aspirations respectives, ils doivent évoluer, chacun et dans leurs rapports respectifs. Ils doivent se dépasser comme nous l’avons fait nous-mêmes en 2010 en proposant que flottent côte à côte le drapeau national et le drapeau identitaire kanak, deux drapeaux qui expriment notre reconnaissance mutuelle et notre volonté de vivre ensemble.

Certes, rien n’est garanti, rien n’est automatique.

Mais je suis convaincu que l’ampleur des défi s qui nous attendent – défendre les acquis, réussir notre révolution industrielle, refonder notre pacte social
pour un destin partagé – est tel, qu’il appelle à de grands compromis qui dépassent les oppositions politiques traditionnelles, sans que nous ayons à
renier les valeurs et les convictions de nos histoires respectives.

Le compromis n’est pas mollesse ou indécision, mais une exigence qui s’inscrit dans la logique des Accords.
Le compromis, parce qu’il appelle à la juste mesure, s’oppose à l’extrémisme, à la violence, à la haine sociale.
Mais le compromis n’est pas non plus la négation des identités politiques.

Aussi est-il illusoire de penser que les forces politiques locales sont en capacité d’élaborer seules, ce compromis.
Comme signataire, partenaire, garant de la lettre et de l’esprit des Accords, l’Etat est au centre du jeu, depuis 1988.
Il doit le rester. C’est à ce prix que le compromis est possible.

Pas un État dont la parole s’est évanouie dans la culture du louvoiement, l’absence d’orientation, l’usage de mots vides de sens (équidistance, jour
d’après…)
Pas un Etat dont la parole est anéantie par le brouhaha trimestriel des experts, comme si notre avenir dépendait uniquement de convergences et de divergences qu’il suffi rait d’ajuster.

Mais un Etat dont le pouvoir s’incarne dans une parole qui se confond avec l’action.
Un Etat dont la parole s’inscrit dans le temps long.
Un Etat qui sait dépasser les simples événements pour viser l’essence des
choses.

Viser l’essence des choses, c’est se rappeler que la vie de chaque Calédonien est faite de mémoire, d’histoire, de projets, d’espérance.
C’est refuser que l’on nous emmène là où nous ne voulons pas aller.
C’est renoncer à la facilité et à la démagogie.

Face au refus, au doute ou au scepticisme, nous devons réaffirmer que la solution partagée est une évidence.
Que c’est la solution la plus sage et la plus conforme à l’esprit de l’Accord de Nouméa.
Qu’il nous appartient de la porter, pour une paix et un futur, eux aussi partagés.

Ce constat nous fait obligation.

C’est notre mission de rechercher, ensemble, cette solution pérenne qui ancrera durablement la Calédonie dans la France.

Et de nouveau, ici, au Mont Dore, j’appelle au regroupement et à l’engagement de tous les mouvements politiques et de toutes les personnalités qui, comme nous, sont indéfectiblement attachés à la France.
Avec eux, nous devons rendre possible cette solution partagée qui, naturellement, a vocation à s’imposer.

La Calédonie a besoin de nous, de notre volonté, de notre détermination.

Elle a besoin de notre foi et de notre force pour être, à jamais, terre de
partage et terre de France.

Pierre FROGIER
Comité directeur du Rassemblement-LR
Mont-Dore, le 20 octobre 2016